Après l’Asie, l’Europe du Nord, l’Amérique du Sud et l’Afrique, La Factory a choisi, pour sa cinquième édition, de se tourner vers le Proche Orient en invitant le Liban à participer.

Imaginée et initiée en 2013 par la productrice française Dominique Welinski, en partenariat avec la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, La Factory se donne pour mission de révéler de nouveaux talents du monde entier. Elle permet à de jeunes auteurs-réalisateurs de se rencontrer et de réaliser en duos un court-métrage dans un pays différent chaque année.
La Factory se fait toujours en coproduction avec une société de production locale et Dominique Welinski a trouvé en Myriam Sassine et Georges Schoucair (Abbout Productions) de solides partenaires qui ont pris très tôt part à cette édition libanaise. La Fondation Liban Cinéma, pilotée par Maya de Freige, a également apporté son soutien essentiel sur la logistique et la communication.

Pour participer à La Factory, il faut avoir déjà réalisé au moins un court-métrage et travailler au développement d’un long métrage au côté d’un producteur.
Pour cette nouvelle édition, quatre jeunes réalisateurs originaires de Bosnie-Herzégovine, du Costa Rica, de Suisse et de France ont été choisis à travers les festivals, marchés, et ateliers courant 2016.
Puis, quatre réalisateurs libanais ont été sélectionnés parmi plus de quarante candidatures pour travailler en binômes avec les réalisateurs étrangers : Ahmad Ghossein, Mounia Akl, Shirin Abu Shaqra et Rami Kodeih.

Le fruit de leur travail est un programme de quatre courts métrages extrêmement prometteurs qui a été présenté à Cannes, pour la journée d’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs :

  • White noise, Ahmad Ghossein et Lucie La Chimia (France)
  • Hotel Al Naim, Shirin Abu Shaqra et Manuel Maria Perrone (Suisse, Italie)
  • Salamat from Germany, Rami Kodeih et Una Gunjak (Bosnie)
  • El Gran Libano, Mounia Akl et Neto Villalobos (Costa Rica)

Un challenge tant professionnel qu’humain

Challenge unique, la Factory constitue donc un formidable terrain d’expérimentation permettant à des voix singulières de s’élever, à différents corps de métier de collaborer ensemble et à des talents de se rencontrer.

Les quatre couples de réalisateurs ont eu trois mois pour écrire un court métrage d’environ quinze minutes, souvent à distance, en apprenant à se connaître, à travailler ensemble et en croisant leurs regards et leurs influences pour trouver un terrain d’expression commun.
Tous se sont ensuite retrouvés au Liban en mars dernier. Durant un mois, en bénéficiant des mêmes conditions techniques, ils ont alors préparé, tourné, monté et fait la post-production de leurs films avec des acteurs et des équipes techniques locales.

Organiser et gérer quatre tournages simultanément avec quatre équipes réparties dans différents lieux du Liban fut un véritable défi autour duquel plusieurs acteurs importants du cinéma libanais se sont rassemblés et mobilisés : Chez Abbout Productions, Jessica Khoury a supervisé et coordonner les opérations et travaillé avec Ginger Beirut (Abla Khoury et Lara Chekerdjian) qui assurait la production exécutive et le casting des quatre projets. Platform studios pour la location des équipements caméra, lumière et machinerie, Lucid pour la post-production image et DB Studios pour la post-production son ont été des partenaires clés. Hecat Studio (animation et effets spéciaux) et Cineli Digital (sous-titrage et mastering) ont également mis leur savoir-faire au service de cette aventure.

Comme au cours d’une résidence, les réalisateurs des différents projets ont, en outre, profité à chaque étape, de l’émulation qui naît des échanges et des vertus du travail en groupe.
« Toute la préparation s’est faite dans les bureaux de Abbout. Les réalisateurs étrangers habitaient au même endroit et nous avons organisé des projections communes au moment du montage pour que les uns et les autres puissent échanger sur les différentes versions de travail », se souvient Myriam Sassine.

Un portrait du Liban

« Les films ont principalement été tournés en extérieur. C’était important pour nous de montrer le Liban » confie encore Myriam. La vallée de la Békaa, Bourj Hammoud, le quartier arménien de Beyrouth, le quartier de Solidere et du centre ville de la capitale, Batroun, Aamchit sont les différents décors intelligemment choisis et bien exploités que mettent en scène les courts-métrages.

En évitant l’image de carte postale et les clichés sur le Proche Orient, les films abordent la question des réfugiés syriens et le problème des visas pour les personnes issues d’un pays arabe, la spéculation immobilière, la division de Beyrouth en différents quartiers soumis à des intérêts politiques, religieux et économiques, les problèmes de pollution et la crise des déchets qui perturbent le pays… et dessinent un portrait du Liban contemporain.
Ces interprétations du territoire libanais constituent un « panorama politique, polémique, avec de l’humour » se réjouit Dominique Welinski, quatre propositions qui témoignent de la capacité de ces jeunes réalisateurs à intégrer des contraintes tout en livrant des travaux personnels et singuliers.

De belles perspectives

Pour que le programme soit complet, des rendez-vous avec des producteurs, distributeurs, sélectionneurs de festivals et vendeurs internationaux sont ensuite prévus durant le festival, pour conseiller et accompagner les huit participants dans le développement de leurs projets de longs métrages.

Depuis le lancement de La Factory, dix réalisateurs repérés dans le programme ont tourné leur premier long-métrage. C’est le cas notamment de Rungano Nyoni, dont le film I’m Not a Witch était sélectionné cette année à la Quinzaine des réalisateurs.
La prochaine édition de La Factory aura lieu en Tunisie.
D’ici là, les films de la Lebanon Factory devraient voyager dans plusieurs festivals et permettre à leurs auteurs de faire connaître leur travail à travers le monde.

  • Ahmed Ghossein tournera, en septembre prochain, son premier long-métrage, All this victory, qui raconte l’histoire de quatre libanais coincés au sous-sol d’une maison occupée par des soldats de l’armée israélienne pendant la guerre de 2006.
  • Shirin Abu Shaqra développe son premier long-métrage Even Donkeys Have Remorse, un biopic fantastique inspiré de l’œuvre et la vie de l’intellectuel libanais Ahmad Farès Al Shidyaq où elle utilisera à la fois des prises de vues réelles et l’animation de marionnettes.
  • Mounia Akl développe The Most Beautiful Place in The World, un film d’anticipation qui met en scène une famille vivant recluse dans un Liban paralysé par la crise des déchets.
  • Rami Kodeih travaille, quant à lui sur Ghoul, une série qui mêlera la comédie et le film de genre et mettra en scène des zombies dans le monde arabe !

* L’image de l’article est tirée du film “Hotel Al Naim”, réalisé par Shirin Abu Shaqra et Manuel Maria Perrone.

par Lisa Giacchero